Derrière la vitre d’un train traversant le plateau suisse, le paysage défile. Une enfilade de prairies, de bois et de champs. La prédominance des champs de maïs, dans les parties cultivées, revient comme un leitmotiv dans un opéra romantique. Elle finit par interroger. Sommes-nous si attachés à la polenta?
La frontière allemande passée, leur présence s’accentue. Du maïs partout, un champ sur deux. Du maïs et encore du maïs. Dans le magnifique film “Soudain” une phrase me hante: “L’impossible est impossible jusqu’à ce qu’il devienne possible.” Tous les partis suisses, de la droite à la gauche, s’accordent pour dire que l’initiative “Pour une alimentation sûre” est trop extrême et donc à rejeter. Tous, sans exceptions. Étrange. Cependant, Bernard Borel, médecin généraliste, nous évoque dans sa chronique du jour1, les nombreuses pistes qui résonnent pourtant dans ce texte avec les études et les recommandations de l’OMS, l’EPFZ, l’OSAV. Santé, auto-suffisance alimentaire… des objectifs que l’on cherche à atteindre, mais qu’on annonce déjà comme inatteignables. Un peu comme la méthode Rösti. Curieux tout de même qu’aucun parti n’y ai vu une bonne dose de bon sens. À toujours évoquer l’impossible on finit par ce convaincre soi-même.
S’il y a un héros dans le paysage politique et médiatique, c’est bien le mensonge. Vainqueur absolu, pulvérisant tous les records, il s’auto-alimente, il se goinfre, il se gonfle, il se boursoufle. Il exulte de son succès, de puissance, d’arrogance. Il contient pourtant comme toute créature les germes de sa propre destruction. L’un de ces germes pourrait être la perte de confiance. Et le département de la défense suisse en est une funeste victime. Entre scandale d’état et amateurisme crasse, il est dans le tambour de la machine à laver.2